TOXINE BOTULIQUE

La toxine botulique est une neurotoxine produite par la bactérie Clostridium Botulinum.

Cette bactérie anaérobie gram positif en forme de barre se trouve de manière ubiquitaire

dans l’eau, le sol et prolifère également dans les aliments mal conditionnés, notamment

les saucisses. Le nom de la toxine botulique vient d’ailleurs du latin botulus, « saucisse ».

La toxine botulique bloque transmission nerveuse en inhibant la libération d’acétylcholine

à la jonction neuromusculaire ou neuroglandulaire. Son effet est transitoire, par la repousse

d’axones qui viennent remplacer ceux inhibés.

Au 18ème siècle, le botulisme, une maladie provoquée par l’ingestion d’aliments contaminés, a causé de nombreux morts en Europe. Ses symptômes sont : vomissements, douleurs abdominales, mydriase, ptosis, dysphagie, détresse respiratoire. L’asphyxie et la mort surviennent entre 18 h et 36 h après l’ingestion de toxine. Sans traitement, la mortalité du botulisme est de 10 à 65%.

Le poète et médecin allemand Justinus Kerner (1786-1862), fût le premier à décrire les symptômes du botulisme après intoxication alimentaire par “le poison de la saucisse”. Dix-huit ans après ses travaux, en 1895, Emile Pierre Van Ermengem, Professeur de bactériologie belge, va isoler le germe et publier un article sur le « bacillus botulinus » qui deviendra ensuite Clostridium Botulinum.

Alan B. Scott and Edward J. Schantz furent les pionniers dans l’utilisation de cette neurotoxine dans le monde médical. Edwards Schantz, Officier de l’Armée Américaine, commença à s’intéresser à la TB en 1944 dans un programme de recherche dédié à la guerre bactériologique. Il élabora le premier flacon de toxine botulique A purifiée.

L’initiative d’utiliser la toxine botulique comme moyen thérapeutique revient à Allan B. Scott, ophtalmologiste à San Francisco. Il va l’utiliser pour traiter l’hyperactivité des muscles dans le strabisme de l’enfant et publier ses premiers résultats chez l’homme en 1979. Puis en 1987 est diffusée la première étude apportant la preuve de l’action de la toxine botulique dans la dystonie cervicale. Depuis, la toxine botulique est largement utilisée dans le traitement des mouvements anormaux.

En 1997, un couple canadien, - les Drs Carruthers, lui ophtalmologue et elle dermatologue -, a constaté que les patients injectés sur le visage pour des spasmes, présentaient moins de rides que les autres… L’utilisation de la toxine botulique en médecine esthétique était née !

La même année, Bushara propose d’injecter la toxine botulique dans les glandes salivaires pour diminuer la production de salive chez les patients souffrant de bavage.

Puis dans les années 2000, des études ont montré le rôle antalgique pur de la toxine botulique, en inhibant la libération de neurotransmetteurs périphériques et de médiateurs de l’inflammation des nerfs sensitifs.

Les spécialités de toxine botulique A ont des noms différents selon leur utilisation en médecine esthétique ou à visée thérapeutique. Les spécialités Botox®, Dysport® et Xeomin® ont un but thérapeutique et sont réservées à l’usage hospitalier. Leur dispensation est réalisée par la pharmacie à usage intérieur de l’établissement de santé.

Depuis les années 80, les indications thérapeutiques de la toxine botulique ne cessent de s’élargir.

Dans la spécialité ORL, la toxine botulique a obtenu une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) dans seulement quelques pathologies : le blépharospasme, le spasme hémifacial, le torticolis spasmodique, le bavage de l’adulte dû à une maladie neurologique.

 

Mais la littérature scientifique est riche d’articles qui prouvent l’efficacité et la sûreté de la toxine botulique dans d’autres indications, en étant parfois le seul traitement reconnu efficace dans ces pathologies. Elle est couramment utilisée dans le traitement des dystonies (laryngées, oro-mandibulaires, linguales, cervicales), des tremblements (du chef, vocal), le bruxisme et les dysfonctions de l’appareil manducateur, le syndrome de Frey, les douleurs cervicales post-radiques.

Elle peut être également utilisée dans des pathologies plus rares, comme les myoclonies du voile avec acouphènes objectifs (elle est alors injectée dans le muscle tenseur du voile), chez les patients ayant un syndrome de Gilles de la Tourette avec tics vocaux invalidants (toxine botulique injectée dans les cordes vocales).

 

La propriété antalgique de la toxine botulique est utilisée dans les céphalées de tension et migraine chronique, le syndrome de la première bouchée, et la névralgie du trijumeau.

La toxine botulique doit être administrée exclusivement par des médecins possédant l’expérience de son utilisation. Les doses optimales, la fréquence et le nombre de sites d'injection doivent être définis par le médecin, individuellement pour chaque patient. La dose optimale doit être déterminée par augmentation progressive. Les injections se font, selon les habitudes des praticiens et les muscles à injecter, sous contrôle échographique, électromyographique ou repérage anatomique simple. En ORL, la fréquence des injections est, selon l’indication, entre 3 et 6 mois.

 

Les contre-indications aux injections de toxine botulique sont la grossesse, l’allaitement, l’infection du site d’injection, la myasthénie ou le syndrome de Lambert Eaton. Les injections doivent être réalisées avec précaution chez les patients sous traitement anticoagulant.

L’injection de toxine botulique dans certains muscles dans la sphère ORL peut être pourvoyeuse d’effets indésirables transitoires, dus à une dose injectée trop importante provoquant soit une diffusion de la toxine botulique dans d’autres muscles, soit une paralysie du muscle injecté. Ces effets peuvent être une aphonie, des troubles de la mastication, de la déglutition, des fausses routes, une dyspnée…

Publications en rapport avec la toxine botulique :

 

- Mailly M. La toxine botulique en ORL. ORL MAG. février 2021

 

- Laura M. Scorr, Stewart A. Factor, Sahyli Perez Parra, Rachel Kaye, Randal C. Paniello, Scott A. Norris, JoelPerlmutter, Tobias Bäumer, Tatiana Usnich, Brian Berman, Marie Mailly, Emmanuel Roze, Marie Vidailhet, Joseph Jankovic, Mark S. LeDoux, Richard Barbano, Florence Chang, Victor Fung, Sarah Pirio Richardson, Andrew Blitzer, H.A. Jinnah. Delineation of the ClinicalFeatures and TreatmentResponse of OromandibularDystonia: A MulticenterSummary of 2,057 Cases.

 

- Mailly M. Injections de toxine botulique en pathologie salivaire. Rapport de la Société Française d’ORL et de Chirurgie Cervico-Faciale 2020 « Pathologies des glandes parotides et submandibulaires de l’adulte et de l’enfant ».

 

- Mailly M, Sené T, Majer J, Katz P, Brasnu D. Positive effects of local botulinumtoxin injection and colchicine for complicatedchronicrecurrent parotitis: a case report. J Oral MaxillofacSurg. 2021 Feb;79(2):383-388

 

- Céleste ReboursDaniel BrasnuSébastien Le GarrecDenis AyacheMarie Mailly. LaryngealElectromyography and BotulinumToxin Injection in Exercise-InducedLaryngeal Obstruction. MovDisord Clin Pract. 2019 Oct 30;6(8):708-710.

 

- Mailly M, Benzakin S, Chauvin A, Brasnu D, Ayache D. Radiation-inducedhead and neck pain: Management withbotulinumtoxina injections. Cancer Radiother. 2019 Jul;23(4):312-315

 

- Mailly M. La dysphonie spasmodique. Bulletin AMADYS. n°79. Nov 2018.

 

- Mailly M. La dysphonie spasmodique. La lettre d’Oto-Rhino-Laryngologie.n°354. Sept 2018.

 

- Mailly M. le traitement du bavage par injections de toxine botulique. La lettre d’Oto-Rhino-Laryngologie. n°352. Mars 2018.

 

- Slaim LCohen MKlap PVidailhet MPerrin ABrasnu DAyache DMailly M. OromandibularDystonia: Demographics and Clinical Data from 240 Patients. J MovDisord. 2018 May;11(2):78-81.

 

- Mailly M, Rebours C, Koskas P, Klap P, Ayache D, Cohen M. Interests of the ultrasound-guidance in the treatment of drooling through botulinum toxin injections, our experience over 10 years. J Stomatol Oral Maxillofac Surg.2017 Feb;118(1):5-10.

 

- Mailly M, Perrin A, Klap P, Cohen M. Toxine botulique, quelles indications en ORL et pathologie cervico-faciale. Neurologies. 2014 déc ; 17 : 393-397.

Dr Marie Mailly Phoniatre